2008/05/08

A ce point la vie d’un jeune de Tabeddit ne vaut pas grand-chose !!


Tabeddit le village

Tabeddit la gare


Ce matin une amie, au cours d’une conversation sur Facebook m’explose ma joie de vivre matinale. C’était un devoir pour elle, à plus d’un titre, certainement qu’elle s’est remémorée les images de ce voyage en draisine de Metlaoui à Tabeddit, au mois de janvier 2003 avec toute l’équipe de tournage. Presque personne ne connaissais cette gare perdue sur la voie ferrée d’exploitation des gisements phosphatier de moulares, thelja, redeyef.

M. Maghraoui notre talentueux directeur photo n’a pu s’empêcher de se rappeler qu’il est fils de cheminot. Le chant des rails sous les bogies de la draisine roulant à petite vitesse, lui donnait des éclairs de génies; comme un acrobate caméra suspendu il nous a gratifié de ses belles images des jardins luxuriants de l’entrée du petit village de Tabeddit.

Rim se rappelle du vieux ezzedini avec sa gasba archaïque et son jeune neveu qui l’accompagnait avec sa belle voix dans un air Rakrouki caractéristique des ouleds Abids de Redeyyef… Et de cette ballade des poètes et chansonniers d’Oum La3rayess « heb heb ri77 el bahri » chantant le passage du vent qui vient de l’est, de ce Rim (gazelle) effarouché qui fuit son prédateur… Et cette magic hour qui nous bousculait alors qu’on a trouvé dans la gare surréaliste un coin magnifique pour cadrer le chant de mineurs, qui trouvent malgré tout, le temps et les émotions pour réinstaller à nouveau, comme du temps de leurs ancêtres, l’instant jubilatoire du chant et de la poésie…

Jamais je n’ai imaginé ce cadre paisible, presque hors du temps, un jour devenir le théâtre d’un drame emportant la vie de Hichem 3alaymi en quelques secondes, rien, rien dans ce cadre ne présageait d’un tel crime, odieux, cruel et inhumain….

Au nom de quoi, de quelle logique, de quelle loi, de quelle arrogance l’on décide une telle exécution plus atroce que la chaise électrique : Vos profits ? Votre pouvoir ? Votre raison d’état dans l’état?

Un wagon de phosphate est plus précieux à vos yeux que la vie de Hichem 3alaymi !

La laverie doit tourner!

Griller un jeune à coup de 30000 volts n’est point un obstacle pour celui qui remis le jus !
le bruit de vos machines ne couvriront pas le silence indigné des femmes, des hommes, des enfants et des vieillards de Tabeddit, ni les derniers spasmes de Hichem foudroyé et le cœur carbonisé, ni le son de la Gasba un jour accompagnant le chant commémorant la mort d’un jeune homme de Tabeddit.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

j'ai su cette nouvelle de plusieurs sources. j'ai eu les larmes aux yeux en lisant ton post.
imen

Takkou a dit…

Consternant...

peuples a dit…

très touchant ton papier, la vie humaine est une chose à défendre coute que coute car malheureusement elle n'a pas la même valeur partout dans le monde.

Rim a dit…

quand j'ai eu la nouvelle de cette tragédie j'en ai pleuré et j'ai tout de suite pensé à toi. le souvenir de ce village irréel de calme et de sérénité m'a submergé. ces gens dignes et fiers malgré la misère innommable, le mal qui ronge l'écosystème soufrent en silence. et je me suis dite que peut être qu'on a croisé Hichem 3leymi sur ce tournage.
qu'il nous a peut être sourit, ou déclamé une douce poésie. peut être qu'il s'agit de ce gassab sur les frontières algériennes, peut être que c'est le fils de Om ezzine El Aissaoui, un ami de Ouled el Manajem. son visage m'est familier. je le conanis. c'est peut être mon cousin d'un autre village berbère, c'est peut être mon frère. c'est peut être moi. ces 3000 volts m'ont terrassée. je suis un peu morte. chaque jour un peu plus. combien de fois vont ils nous tuer?

zahraten a dit…

Lire reportage paru dans le dernier numéro Jeune Afrique magazine- réalisé par Emna Ben Jemâa.(Mai 2008 -n° 272 - Page 98)

@+

Massir a dit…

@ Azwaw:
Hors sujet:
Je t'ai taggué pour continuer l'histoire de "saloperie de clopes"...

Saloperie de clopes, acte X, je passe la main à....